Depuis le début des années 2010, l’emo a ressurgi du néant comme un plan toxique qui te DM à 2h du mat un « tu dors ? ». Avec des groupes comme Title Fight, Citizen, Modern Baseball (revenez svp) ou encore Turnover, on a assisté à un vrai retour de flamme, souvent étiqueté emo revival. Le son est plus shoegaze, plus indie. En apparence plus doux, plus mature, plus deep. Mais derrière les guitares réverbérées et les looks de sk8er bois 2.0… les vieux réflexes de bros restent bien ancrés quoi.
La toxicité misogyne du milieu on n’en veut plus, et il est temps de se faire entendre autrement. Parler de vos sentiments d’abandon après une rupture c’est ok, mais la tirade « mon ex folle cette pute » ça va deux minutes quand même.
Le culte du mec tristoune, épisode 18 : faux wokisme
Ce revival, on nous l’a vendu comme plus introspectif, plus vulnérable. Des mecs qui parlent de santé mentale, de solitude, d’anxiété. Enfin!!!! C’est important. Maiiiis dans les faits, on reste dans un schéma hyper centré sur l’homme cis hétéro en souffrance. Une scène qui parle beaucoup d’émotions…mais très peu de rapport aux autres, de pouvoir, de consentement, ou de privilège. La toxicité ambiante reste palpable.
Pendant qu’on encensait les lyrics dépressives de Modern Baseball, les femmes et les personnes queer, elles, galéraient toujours à trouver leur place. Pas seulement sur scène, mais dans la foule aussi : des pits majoritairement masculins, une iconographie encore très genrée, une visibilité quasi nulle des minorités dans les fanzines et podcasts du genre. On est trop dans le schéma « les émotions des hommes pour les hommes », alors oui chacun a sa plateforme pour s’exprimer, mais un peu de diversité bon sang.
Ce qui rend le revival encore plus perfide, c’est cette fausse couche de progressisme. Des visuels doux, du merch pastel, des mecs qui parlent d’anxiété avec des filtres VHS… mais jamais de patriarcat, de racisme, ou de la position centrale qu’ils occupent dans la société.
C’est du “woke-washing” musical : on s’excuse à demi-mot, on fait des vœux pieux dans un post Insta et des excuses dans les notes de l’iPhone, mais on continue à booker les mêmes groupes, à donner la parole aux mêmes profils, à effacer les autres.
Quand le passé te rattrape (sauf si t’es un homme !)
Difficile de parler d’emo sans évoquer les casseroles finalement (promis on y revient en détails un autre jour). Typiquement, Brand New, figure majeure de l’emo des années 2000, s’est effondré dans un scandale d’abus sexuels impliquant Jesse Lacey. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
Ces affaires ont jeté une lumière vive sur le climat ultra toxique de l’époque : glorification du male gaze, fétichisation de la détresse féminine et absence totale de prise de conscience.
Mais la vraie question, c’est : qu’a-t-on appris de tout ça ? Pas grand-chose, apparemment. Parce que beaucoup de groupes du revival citent encore ces mêmes groupes problématiques comme leurs influences majeures, sans nuance. Parce que ces groupes continuent à faire des concerts et les fans sur TikTok commentent les vidéos en disant « Ça fait du bien de les revoir <3 ». Parce que certaines scènes sont encore dirigées par des mecs qui « veulent pas faire de politique », comme si le simple fait d’exister en tant que personne queer ou racisée dans un milieu viriliste n’était pas déjà politique.
Et les autres ? Où sont-iels ?
Heureusement, tout n’est pas à jeter. Des groupes comme Camp Cope, Mannequin Pussy, Pinkshift, Home Is Where ou Big Joanie viennent briser ce cercle d’entre-soi. Ils parlent de genre, de race, de santé mentale sans tourner autour du pot. Ils nomment, ils crient, ils font du bruit, parfois beaucoup plus que les headliners fades des gros fest emo on va pas se mentir.
Des labels comme Get Better Records (queer & trans owned), Father/Daughter (women owned), ou Kill Rock Stars (pionnier dans la mise en avant du mouvement riot grrrl) soutiennent activement des artistes queer, trans, racisé·es. Des orgas DIY organisent des concerts safer, non-mixtes, avec du soutien psy ou juridique sur place.
En France, on peut citer des collectifs comme Les Disques Normal, ou des orgas féministes comme QueerBand.
Ce qu’il reste à faire
Non, pleurer ne suffit pas. L’emo, c’est pas juste un mood. C’est une scène avec une histoire politique, qui a souvent oublié ses minorités en chemin. Si on veut que ce revival ait une réelle valeur, il faut :
- Remettre en question qui prend la parole et pourquoi – Créer des espaces réellement safe et inclusifs (pas juste avec un post-it « respectez-vous » sur la porte des chiottes)
- Donner plus de visibilité aux groupes trans, queer, racisé·es, neuroA
- Arrêter de célébrer les mecs problématiques “parce que la musique est trop bonne”
En conclusion ? Le revival, pour l’instant, c’est un joli paquet cadeau autour du même vieux CD rayé. Mais t’inquiète. On va le rayer pour de bon (même si il faut pas oublier de soutenir matériellement quand on peut les artistes, streamer c’est bien, acheter des copies physiques c’est un vrai souvenir).

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