Le punk et le hardcore ont toujours prétendu être des espaces de révolte et de rejet des normes. Pourtant, dès que t’es queer, t’apprends vite que cette “rébellion” a ses propres codes. T’es censé.e être là pour casser les règles, mais seulement si tu corresponds aux fantasmes d’un monde encore très, très, TRÈS hétérocentré et viriliste.
Dans les faits, les scènes punk et hardcore sont souvent gangrénées par les mêmes logiques oppressives qu’elles prétendent combattre. Je l’admets, c’est dur à entendre quand t’as grandi avec des groupes qui gueulaient “no future” mais fermaient leur gueule dès qu’on parlait transphobie, racisme ou sexisme dans le milieu. Et pourtant elle est là la réalité, se rattacher à une cause et dénoncer une oppression, c’est pas vendeur.
Une scène née de la rage, mais pas pour tout le monde hein !
On ne va pas réécrire l’histoire : le punk et le hardcore ont été des refuges pour plein de marginaux et d’outsiders. Mais cette image romantique cache une réalité pas si mignonne que ça : quand t’es pas un mec cis hétéro blanc, tu prends plus de coups dans la gueule que de respect dans le pit.
Les personnes queer, en particulier les personnes trans, non-binaires et les meufs lesbiennes, doivent constamment justifier leur place. Sur scène, on les infantilise ou on les fétichise. Dans la fosse, on les ignore ou on les harcèle. Tu veux monter un groupe ? On te demande si tu sais accorder ta guitare. Tu veux pogoter ? On te check pas quand tu tombes. Tu veux parler de ta rage queer ? On te dit que “la musique, c’est pas politique”. M D RRRRRRRRRR

Quand t’es queer et musicien.ne dans la scène punk/hardcore, tu te tapes la double (triple?) peine :
- Tu veux exister artistiquement, mais t’as du mal à être pris.e au sérieux.
- Tu veux visibiliser ton vécu, mais tu passes pour le.a militant.e relou.
- Tu veux créer une safe space, mais on t’accuse de censurer la liberté d’expression (encore : M D R).
Queer rage : le hardcore qu’on mérite
Heureusement, y’a des gens qui ont dit fuck à tout ça et qui ont allumé des incendies.
- G.L.O.S.S. (Girls Living Outside Society’s Shit), groupe trans hardcore, a gueulé sa rage queer avec une brutalité sans compromis.
- Limp Wrist, groupe hardcore gay, explose les codes du genre avec humour, cuir et rage.
Il est temps que la scène arrête de se regarder dans le miroir en criant « anarchy » pendant qu’elle perpétue la hiérarchie. Du coup c’est quoi les pistes de travail ?
- Line-ups inclusifs : booker des groupes queer pour leur talent.
- Code de conduite clair : tolérance zéro pour les comportements oppressifs.
- Formation des orgas : sur les violences sexistes et transphobes.
- Accessibilité : penser aux publics neuroatypiques, fauteuils, etc.
- Micro partagé : l’espace doit être partagé, pas confisqué et monopolisé par un groupe.
Finalement ?
Si tu veux du chaos on en a, mais pas le chaos toxique. Le chaos libérateur, celui qui brûle les normes. La scène hardcore doit arrêter de prétendre être inclusive pendant qu’elle ferme sa gueule sur les oppressions qu’elle héberge. Il est temps de prendre le pit, les scènes, les micros, les fanzines, et de tout reconstruire.
On a besoin de plus de safe places en France, et d’artistes qui gueulent leurs revendications et leur queerness. Si tu as des recommandations, contacte nous, on veut mettre en avant nos groupes locaux !

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