Formé en 2017, Fontaines D.C. c’est l’histoire de cinq irlandais (Grian Chatten, Carlos O’Connell, Conor Curley, Conor Deegan III et Tom Coll) qui ont troqué les bancs de l’école d’art pour des amplis saturés et des textes engagés. Leurs influences se retrouvent autant dans la poésie beat que les dans les Clash, Joy Division et les sons bruts des pubs irlandais. En moins d’une décennie, ils sont passés de clubs underground à têtes d’affiche de festivals internationaux, tout en refusant obstinément d’être rangés dans une case.
Leurs albums, de Dogrel à Romance, racontent l’Irlande post-crise, la perte d’identité, l’aliénation moderne et la colère politique. Et si on les compare souvent à la scène post-punk revival, eux préfèrent se voir comme des conteurs bruyants, des témoins sociaux et parfois, des poings levés sur scène.
Des convictions bien assumées
Lors du Primavera Sound 2025 à Barcelone, ils ont projeté un drapeau palestinien géant pendant “I Love You”, accompagné des slogans « free Palestine » et « Israel is committing genocide ».
En 2024, ils se sont associés au Bohemian FC de Dublin pour créer un maillot spécial : 15 % des ventes allaient à Focus Ireland (SOS sans-abri). Puis un nouveau maillot aux couleurs de Romance, avec 30 % des profits envoyés à une aide médicale pour Gaza et le Liban.
Ici on est loin d’une petite prise de position à moitié assumée par un post liké sur Instagram, Fontaines D.C. eux agissent bruyamment. C’est pas juste des poètes, mais des poètes au front dans une scène qui ne reste que trop peu silencieuse sur les problématiques actuelles et le climat politique ambiant.

J’ai eu le plaisir, que dis-je le DÉLICE, de les voir à Arles le 10 juin 2025. Un drapeau palestinien accroché à un ampli, une attitude forte presque hautaine, et des textes plein de revendications. Ils ont occupé l’espace pendant 1h30, les esprits pendant beaucoup plus de temps.
Dans le public, des parents avec leurs enfants en bas-âge, des personnes âgées, du beau monde qui m’a fait retrouver un peu d’espoir en l’humanité finalement.
Un top 15 pour découvrir le groupe
- I Love You – Un poème de rage déguisé en amour. Grian balance un “I love you” entêtant, exhibant sa culpabilité d’avoir quitté l’Irlande, tout en dénonçant le cynisme politique et les atrocités enfouies (“This island’s run by sharks with children’s bones stuck in their jaws”).
- Chequeless Reckless – Le cynisme incarné, ici ça fustige les vendus, les hypocrites et les dilettantes, contrastant l’apparence avec la vérité. La ligne “Money is the sandpit of the soul” enfonce le clou : la fange du capitalisme ronge les valeurs.
- Love Is the Main Thing – Un disco gothique teinté d’exclusion : c’est une fête à côté, mais le videur t’as pas laissé entrer. Ils voulaient créer un espace fluorescent, claustro, qui insiste bien sur la solitude.
- Televised Mind – Un bazar d’écho numérique : ce morceau critique notre vie dans des bulles info, des algorithmes qui ferment les portes et des écrans qui nous abrutissent. Ça cite une « culture of an echo chamber », née des réseaux et des routines.
- I Don’t Belong – Un rejet des attentes imposées par les autres. Ici, ils explorent l’anxiété sociale, l’imposture intérieure et l’éclatement des idoles. On est en plein dans l’anti-conformisme.
- Favourite – Une boucle infinie de mélancolie jangle-pop, avec euphories et chagrin fusionnés. Un refrain circulaire qui ouvre et ferme l’album, bouclant la boucle narrative, merci à tous.
- Starburster – Le doom metal du post-punk. Guitares inspirées de Korn, le TDAH, et une anxieté exacerbée.
- Before You I Just Forget – Une ballade de désenchantement : plus de show, plus de cœur à partager, juste une âme épuisée au bout du spectacle.
- In the Modern World – Un baiser chargé de tension : vibrant, urbain, presque film noir en fait. Le refrain “In the modern world… I don’t feel anything” résume notre émoussement émotionnel face à la réalité.
- Jackie Down the Line – La géographie du déracinement : figure du Jackeen (irlandais à l’étranger), identité vacillante et réelle douleur.
- Roman Holiday – Critique du voyeurisme sur la souffrance, c’est la douleur qu’on consomme comme un spectacle.
- Desire – Poème énigmatique sur les désirs humains, leur répétition et leur vide. Un véritable mantra gothique sur l’aspiration.
- Big – Ambition brute : on vient d’un coin étroit qui voudrait s’élargir. “Childhood was small… but I’m gonna be big.”
- Skinty Fia – Comme une bête rugissante et énervée. Cruel, menaçant, hypnotique, c’est un orage musical qui prend aux tripes.
- Dublin City Sky – Un voyage métaphorique sur Dublin : ivresse, dérive, lumière d’après-soirée. C’est mélancolique, réel et magnifique, et ça te laisse en fin de nuit sur le pavé seul avec ton tourment.
Fontaines D.C., c’est un poing fermé levé contre l’apathie générale. Leurs morceaux sont autant d’instantanés d’un monde malade, où l’isolement numérique, le capitalisme vorace et la perte d’identité collective s’entrelacent. Sur scène comme en studio, ils refusent les artifices : pas de compromis, pas de discours tiède. Ils incarnent un punk contemporain qui ne joue pas la nostalgie mais qui, au contraire, se nourrit du chaos présent pour créer une bande-son de résistance. Dans un paysage musical où trop d’artistes s’aplatissent devant les algorithmes et les marques, Fontaines D.C. rappelle que la musique peut encore être un acte politique. Leur discographie est une archive vivante des colères d’aujourd’hui et une preuve que le punk, tant qu’il est habité, ne mourra jamais.

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